François Gravel, Adm.A. | Ordre des administrateurs agréés du Québec

Portraits d’Adm.A.

François Gravel

François Gravel, Adm.A.

inf., MBA, Adm.A.

Comité national de transformation du système préhospitalier d'urgence | Ministère de la santé et des services sociaux

Publié le : 09 juin 2020 | Dernière modification le : 14 août 2020

Depuis le mois de janvier 2020, vous êtes analyste du Comité national de transformation du système préhospitalier d'urgence (CNTSPU) du Ministère de la Santé et des services sociaux (MSSS). Quelle est la mission de ce comité et quel est votre rôle ?

Le système préhospitalier d’urgence au Québec a bénéficié de plusieurs améliorations au cours des dernières années. Mais la base du système a très peu changé depuis plusieurs décennies. Le MSSS a mis en place le CNTSPU durant l’été 2019. Le mandat du CNTSPU n’est pas de produire un rapport avec des recommandations comme cela a été fait antérieurement. Son mandat est de produire une politique nationale pour un système préhospitalier d’urgence et un plan pour implanter le nouveau système. Ce qui est intéressant, c’est que nous sommes dans l’action.

Mon mandat au sein du CNTSPU est un mandat d’analyse et de recherche afin d’aider le comité à envisager des nouveaux modèles d’organisation du système.

Comme le triathlonien que vous êtes, vous semblez progresser en mode trio au niveau professionnel : postes en gestion, fonctions de terrain et poursuite d’études. Paramédic, infirmier, enseignant au niveau collégial et universitaire, officier militaire, coordonnateur de projet, gestionnaire, administrateur, directeur… Comment toutes ces fonctions se sont-elles enchaînées et/ou superposées ? Qu’est-ce qui vous allume quand vous commencez quelque chose de nouveau ?

Le triathlon n’est pas la somme de trois sports (natation, vélo, course à pied). C’est un sport en lui-même. L’enchaînement des trois disciplines demande un type d’entraînement particulier. Le développement des compétences en vélo a un bénéfice sur les développements des compétences sur la course à pied. Dans les faits, tout est interrelié. Je vois le développement de mes compétences et de mes mandats de la même façon. Les compétences et les connaissances dans un domaine aident dans un autre domaine. De plus, je constate avec les années que cela m’a donné une bonne vision systémique et cela me permet de mieux comprendre les enjeux de certaines situations. J’ai toujours aimé les défis et d’entreprendre quelque chose de nouveau qui me sort de ma zone de confort.

Au fil de votre parcours, on retrouve certains points communs : santé, biologie, environnement, sécurité…

Effectivement, il s’agit de la science de la vie. J’ai toujours été passionné par les sciences et par le fait d’aider les autres. Au début de ma carrière lorsque je travaillais, je voyais que certaines choses ou façons de faire pouvaient être améliorées. C’est de là que je me suis intéressé à la gestion. Je ne voulais pas improviser de nouveaux concepts ou de nouvelles façons de faire. C’est à partir de là que je me suis inscrit à des cours de gestion afin d’avoir les bons outils pour assumer mes mandats de gestion. Aujourd’hui, je me rends compte que j’ai fait les bons choix. Je rencontre fréquemment des gestionnaires qui ont certes de l’expérience, mais qui n’ont pas les bons outils. Je constate qu’il y a une perte d’énergie, que l’objectif est atteint, mais au prix d’un long chemin, ou bien parfois que l’objectif n’est pas atteint.

Dans le cadre de la crise sanitaire actuelle, quel conseil donneriez-vous aux gestionnaires afin de faire face aux crises qui peuvent survenir dans leur organisation ?

Les crises sont des miroirs grossissants. Si vous voulez savoir ce qui va mal aller dans une crise, regardez ce qui ne va pas bien dans le quotidien avant la crise. Lorsque j’enseignais les mesures d’urgence et la gestion de crises, je disais à mes étudiants, avant de faire des plans de contingence ou des plans de relève, prenez du recul et essayez de détecter les signaux qui révèlent où il y a des problèmes dans le quotidien, des signaux de paradoxes dans la gestion du système. C’est là que la crise va prendre naissance. Le meilleur plan d’urgence ou de relève sera moins efficace si cette réflexion n’est pas faite. Le plan ne servira à rien dans ce cas, car la crise va vous amener ailleurs, dans un endroit où vous ne serez pas prêt.

Quel a été votre pire échec et qu’en avez-vous retenu ?

Il y en a beaucoup. C’est toujours facile de dire que c’est la faute de… Mon leitmotiv est de me dire que je suis le premier responsable d’un problème ou d’un échec. C’est mon côté militaire. Lorsque j’ai une mission ou un mandat, j’en suis le responsable. Si je n’atteins pas mon objectif, je dois me questionner. Est-ce que les consignes étaient claires et précises ? Est-ce que les employés avaient les moyens de réaliser la tâche ? Ai-je été suffisamment supportant envers eux ? Est-ce que je leur avais fourni les bons outils ? Il faut toujours se remettre en question après un échec et essayer de comprendre ce qui n’a pas fonctionné.

Profession gestionnaire, c’est...

J’ai beaucoup lu et réfléchi sur le rôle d’un gestionnaire. J’aime bien l’analyse que fait Henry Mintzberg du rôle et des tâches d’un gestionnaire dans Le management : voyage au centre des organisations. C’est-à-dire un rôle de symbole, un rôle de responsable de ses employés, un rôle d’agent de liaison, un rôle d’observateur, un rôle de diffuseur d’information, un rôle de porte-parole, un rôle d’entrepreneur pour améliorer l’organisation, un rôle de régulateur, un rôle de répartiteur des ressources et un rôle de négociateur. Je pense que cela colle très bien à la réalité d’un gestionnaire.

Pourquoi être Adm.A. ?

Je suis quelqu’un qui est issu du domaine de la science. Je vois l’administration comme une science, mais différente des autres sciences. Quand on parle de science, on pense à de l’analyse, de la méthode, de la rigueur. Être Adm.A., c’est adhérer à un ordre professionnel qui met de l’avant les sciences de la gestion en utilisant et en prônant des méthodes d’analyse, des méthodes de travail et de méthodes réflexion afin de s’assurer d’une meilleure gestion dans les organisations. C’est pour moi un gage de rigueur.

Trois objets indispensables dans votre vie professionnelle et/ou personnelle ?

  • Mon ordinateur
  • Mon téléphone
  • Ma tasse à café.

Vos prochaines vacances ; compatibles avec une situation de pandémie ou à repenser ?

Je vais rester à la maison ou pas trop loin. On doit respecter les règles de santé publique afin d’éviter une deuxième vague trop importante.

Un personnage historique ou contemporain qui vous impressionne ?

Ce personnage n’est pas très connu, mais lorsque j’en parle, les gens le reconnaissent. Il s’agit de Gene Kranz, directeur de vol à la Nasa. Il est particulièrement connu pour avoir été directeur de vol lors de la mission d’Apollo 13 et avoir réussi à ramener les astronautes sains et sauf sur la Terre. Cependant, il marqua l’orientation du contrôle des vols (Flight Control) à la suite de l’incendie d’Apollo 1 qui tua trois astronautes. Il est connu pour la déclaration qu'il a faite suite à la catastrophe : « Bon sang, arrêtez !  Je ne sais pas ce que le Comité Thompson trouvera comme cause, mais moi je sais. Nous sommes la cause ! Nous n'étions pas prêts ! Nous ne faisons pas notre travail ».

À partir de ce jour, le Flight Control sera basé sur deux mots : tough and competentTough signifie que nous sommes toujours responsables de ce que nous faisons ou de ce que nous ne parvenons pas à faire. Competent signifie que nous ne pouvons jamais rien prendre pour acquis, chaque élément doit être effectivement validé. On connaît aussi Gene Kranz pour sa célèbre phrase « Failure is not an option » lors de la mission d’Apollo 13. Je pense qu’à lire sur Gene Kranz, on comprend pourquoi il est l’artisan d’un des plus grands projets de l’ère moderne.

 


EN RAFALE

  1. Quel talent aimeriez-vous avoir ? Jouer du piano. Je n’ai aucun talent pour la musique.
  2. Dernier film vu ? La série Casa de Papel.
  3. Une œuvre d’art qui vous émeut ? Le Requiem de Mozart.
  4. Qu’est-ce qui vous fait rire facilement ? Lorsqu’il ne faut pas rire.
  5. Un mot que vous trouvez beau ? Jonquille.
  6. Un bruit que vous aimez ? Les vagues de la mer sur la plage.
  7. Détente suprême ? Une journée de sport ou de course en trail.
  8. Une invention que vous trouvez géniale ? Le téléphone intelligent.
  9. Un animal que vous trouvez étrange ? L'ornithorynque.
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