Jida El Hajjar, Ph. D., Adm.A. | Ordre des administrateurs agréés du Québec

Portraits d’Adm.A.

Jida El Hajjar

Jida El Hajjar, Ph. D., Adm.A.

Ph. D., Adm.A.

Vice-présidente, investissements et promotion de la santé | Fondation cancer du sein du Québec

Publié le : 01 septembre 2020 | Dernière modification le : 15 septembre 2020

Vous êtes vice-présidente, investissements et promotion de la santé à la Fondation cancer du sein du Québec depuis 2018. Quelles sont vos responsabilités à ce poste ?

La Fondation cancer du sein du Québec est un organisme communautaire qui a investi plus de 55 millions de dollars dans sa mission, qui se déploie de plusieurs façons : 1) financer la recherche, 2) soutenir et défendre les intérêts des personnes touchées par le cancer du sein, et 3) renforcer la sensibilisation. À la Fondation, je dirige tous les investissements et programmes et donc je porte plusieurs chapeaux : celui de la scientifique afin de développer des programmes de subventions pour promouvoir la recherche et l’innovation sur le cancer du sein et ainsi renforcer la génération des connaissances ; le chapeau de la gestionnaire des services de soutien communautaire pour les personnes touchées par le cancer du sein ; et enfin le chapeau de la responsable des programmes d’éducation et de sensibilisation pour améliorer le litératie en santé en cancer du sein.

Comme plusieurs autres membres de l'Ordre, vous êtes une scientifique ; vous détenez un Ph. D. en biologie moléculaire de l’Université de Montréal. Puis, vous avez coordonné des projets et des recherches cliniques dans des établissements médicaux, basculant petit à petit dans la sphère de la gestion. Quels sont les défis à venir pour le gestionnaire ?

Nous vivons actuellement dans un monde qui change rapidement, que ça soit au niveau de l’innovation économique avec le big data et les nouvelles technologies de rupture comme la réalité virtuelle et l’intelligence artificielle, et aussi au niveau sociétal avec une panoplie de mouvements de revendication pour une société équitable et diversifiée comme Black Lives Matter et Me Too. Un gestionnaire dans ce monde actuel changeant devrait développer une curiosité vorace pour chercher et s’enrichir des bonnes informations afin de prendre les bonnes décisions pour que son organisation reflète ce progrès sociétal et économique, sinon l’organisation deviendra obsolète et archaïque. Un cadre dans cette nouvelle ère devrait créer un environnement de travail d'apprentissage, et adopter l'apprentissage continu, la formation et l'éducation comme valeurs essentielles.

Voyez-vous les systèmes d’intelligence artificielle dominer la recherche médicale dans les années à venir ou l’humain aura toujours une part prépondérante (ne serait-ce que pour les questions éthiques) ?

Aucune technologie de rupture ne peut tout remplacer. L’intelligence artificielle (IA) peut avoir un impact énorme dans des contextes précis, mais dans d’autres pourrait requérir trop d’investissements pour un apport minime. Et donc, intégrer des technologies de rupture comme l’intelligence artificielle contribuera à rendre certains aspects du système de santé plus efficace et performant en changeant la façon de prodiguer les soins. Par exemple, l’IA aidera à optimiser le diagnostic du cancer du sein, en analysant d’une façon complexe et différente de l’œil humain les diverses images de mammographies, à améliorer le recrutement de patients aux essais cliniques avec un algorithme efficace de jumelage, ou à automatiser et ainsi accélérer la capture des données médicales. Dans certains hôpitaux, l’intelligence artificielle est déjà utilisée, mais elle demeure toujours un appui à la prise de décision par le personnel médical, qui continuera encore longtemps à être le principal garant des soins. Les analyses et résultats obtenus par la machine servent à assister le personnel médical à trouver la meilleure prise en charge.

Quel serait votre conseil pour les gestionnaires des organismes à vocation philanthropique ?

Au Québec, comme ailleurs dans le monde, la pandémie de la COVID-19 a engendré un état d'urgence mondial. L’année 2020 est particulièrement difficile pour la philanthropie dont la vocation n’est pas étroitement reliée à cette crise sanitaire (ou à d’autres crises comme les feux en Australie ou l’explosion à Beirut). La robustesse et la résilience de la philanthropie face à des enjeux internationaux de cette grande ampleur jouent un rôle primordial afin de survivre à ces crises. Pour ce faire, il faut innover ou ajuster les modalités d’intervention qui sont déjà en place. Par exemple, à la Fondation, nous avons étendu notre service de clinique virtuelle à un plus grand nombre de personnes puisque la télémédecine a pris plus d’ampleur pendant la crise de la COVID-19. Bref, il faut être un caméléon et changer certaines de ses couleurs pour continuer la mission et défendre la cause.

Profession gestionnaire, c’est… ?

C’est être un facilitateur pour rallier son équipe, l’aider à comprendre et organiser ses objectifs communs et l'accompagner pour aboutir à ces objectifs. C’est être un excellent communicateur qui dégage une intelligence collective et une énergie positive. C’est aussi être prévoyant pour se projeter dans le futur et avoir une vue d’ensemble, une vue à vol d’oiseau. Être gestionnaire, c’est être éthique, intègre et imputable, une personne sur qui on peut compter et à laquelle on peut se fier.

Pourquoi être Adm.A. ?

Me joindre à l’ordre professionnel des administrateurs agréés est une opportunité majeure pour rencontrer d’autres professionnels afin de partager leur savoir, d’apprendre les meilleures pratiques d’affaires, et ainsi approfondir mes connaissances en gestion. Faire partie de cet ordre me permet de suivre un code de déontologie qui détermine les limites éthiques de cette profession.

Trois moments indispensables dans votre vie professionnelle et/ou personnelle ?

  • Mon café matinal avec ma famille, une routine essentielle.
  • La veille des médias sur le cancer du sein, chaque jour.
  • La rencontre avec mes mentors, aussi une nécessité.

Votre thèse de doctorat portait sur le rôle de certaines protéines dans le vieillissement et la neurodégénérescence. Qu’est-ce qui vous a amené vers ce sujet ?

J’ai choisi comme projet de recherche la maladie d’Alzheimer parce que les maladies neurodégénératives et démences associées étaient un tabou social dans ma culture, et en conséquence, les personnes touchées souffraient en silence. Les maladies du cerveau et la santé mentale représentent actuellement un enjeu sociétal de première importance. Il faut donc investir dans la recherche dans ces domaines afin d’améliorer la vie des personnes affectées par ces maladies graves.


En rafale

  • Vous êtes sportive. Que pratiquez-vous ?
    Le sport est ma distraction. Je pratique des sports qui me déconnectent du monde urbain comme l’escalade et la randonnée sportive.
  • Une œuvre d’art qui vous émeut ?
    Give me some space to dream par la peintre Melissa McCracken, qui est une artiste qui a la synesthésie des couleurs et de la musique. Elle peint des chansons en œuvre d’arts.
  • Un mot que vous trouvez beau ?
    Les mots qui finissent par « eur » comme candeur, lueur, bonheur. Je les trouve très poétiques.
  • Un endroit que vous aimeriez découvrir ?
    Le désert du Namib.
  • Un super pouvoir que vous aimeriez avoir ?
    Éradiquer la détresse.
  • Quelle est la découverte scientifique la plus surprenante selon vous ?
    Deux découvertes :
    • La PCR1, parce qu’une enzyme et quelques bains d’eau ont changé le monde.
    • La vaccination, parce que l’ampleur de son succès a paradoxalement mené certains à en douter.
  • Le sens qui vous procure le plus de souvenirs ?
    J’apprécie beaucoup le voyage gustatif, riche de plaisirs gastronomiques et épicés.
  • Vous voyagez dans le temps. Où allez-vous ?
    Une journée spécifique : le concert de Queen à Wembley.

 

1 Technique d’amplification de l'ADN.

Les informations contenues dans ce portrait sont exactes à la date de publication, soit en septembre 2020.

Imprimer