Mame Moussa Sy | Ordre des administrateurs agréés du Québec

Portraits d’Adm.A.

Mame Moussa Sy

Adm.A.

Directeur | Centre communautaire Bon Courage

Publié le : 31 août 2016

Mame Moussa Sy est un jeune professionnel profond, drôle et de contact facile. Des qualités utiles pour le milieu professionnel dans lequel il évolue. Il est membre de l’Ordre des Adm.A. depuis 2015.

1. Quel type de cursus avez-vous suivi ? Pourquoi ?

Après mon bac en histoire effectué au Sénégal, je me suis laissé tenter par des études en développement social car j'étais déjà très actif dans le milieu associatif de mon quartier, en France. D'ailleurs, j'ai attrapé la piqure très jeune car, outre un père syndicaliste, ma mère a toujours été fortement impliquée dans la communauté, ce qui faisait de notre maison un milieu de vie où on allait pour rencontrer du monde et échanger. J'ai donc grandi dans cette atmosphère et j'ai toujours aimé ce contact humain avec les personnes de tous les âges, ces échanges si enrichissants.

Une fois ma maitrise en développement social en poche, je suis venu m'installer au Québec où je me suis perfectionné, entre autres à l'ÉNAP en management public.

Au Québec, après une période d'adaptation, j'ai intégré l'équipe du Centre des Jeunes l'Escale de Montréal-Nord comme adjoint à la direction. Deux ans plus-tard, en 2010, je suis devenu directeur du Centre Bon Courage. Je savais que j’aurais à relever plusieurs défis, soient de travailler avec toutes les tranches d'âge, de la petite enfance aux aînés, des difficultés financières que l’OSBL trainait depuis quelques années, mais j’étais prêt... Aujourd’hui toujours à ce poste, je constate que je ne me suis jamais ennuyé.

2. Vous êtes donc directeur du Centre communautaire Bon Courage de Place Benoit à Ville Saint-Laurent. Quelle est la mission de cet organisme ?

Le Centre Bon Courage a pour mission d’accompagner et de soutenir les résidents de Place Benoît et des environs dans le but d’améliorer leurs propres conditions de vie et de prendre en charge leur avenir.

En accueillant les personnes de tous les âges et en élaborant avec elles des actions visant à répondre à leurs besoins de développement personnel, social et communautaire, l'organisme se définit comme un milieu de vie.

Il faut savoir que le Centre Bon Courage intervient dans un contexte assez particulier. En effet, le quartier Place Benoît, situé dans l’arrondissement de Saint-Laurent, est un îlot fortement défavorisé, isolé et enclavé. C'est un quartier multiethnique, très marqué par l'immigration (95% des résidents). En outre, la majorité de la population vit sous le seuil de pauvreté dans un arrondissement pourtant réputé très riche. A la pauvreté, s’ajoute le contexte géographique du quartier qui est enclavé, confiné entre une voie ferrée et l’autoroute sans une desserte efficace en transport en commun.

3. À quelles difficultés faites-vous face comme gestionnaire ?

Les principales difficultés rencontrées comme gestionnaire sont en lien avec le financement et la gestion des ressources humaines.

Le financement récurrent est un enjeu prioritaire dans le milieu communautaire. Il cause beaucoup d'incertitudes dans la mise en œuvre de nos initiatives et de nos projets. La plupart de nos projets sont financés seulement pour une année, ce qui réduit considérablement l'impact sur l'amélioration durable des conditions de vie des bénéficiaires.

Depuis une décennie, nous avons évalué que pour avoir un impact considérable dans la collectivité, l'acquisition des immeubles locatifs est un incontournable. Toutefois, une initiative d'une telle envergure demeure difficile encore, faute de financement et/ou de volonté politique suffisante. Or, les familles vivent dans des conditions précaires indignes d'un pays comme le Canada.

Concernant la gestion des ressources humaines, il faut savoir que, historiquement, le milieu communautaire s'est amplement appuyé sur le bénévolat. Aujourd'hui, avec la professionnalisation du secteur, il y a un défi au quotidien au niveau de la cohabitation entre employés et bénévoles, responsabilités, du rythme exigé et de l'imputabilité. Il faut sans cesse œuvrer pour ne pas démobiliser l'équipe de bénévoles.

Enfin, la concertation est un défi car elle n'est pas toujours saine. S'il est vrai qu'il est essentiel de bien communiquer et de travailler autant que possible collectivement, la concertation dans le milieu communautaire mais également avec les autres acteurs du développement social - l'institutionnel - n'est pas toujours évidente. Il y a beaucoup de luttes de pouvoir, de positionnement "stratégique et politique" pas toujours en lien avec les besoins et les intérêts des citoyens, les usagers. Et souvent, cette concertation occupe une large part du temps qui devrait être consacré aux ayant besoin. Mais comme le financement des projets est désormais relié pour beaucoup à certains types de concertations, comme gestionnaire, il y a comme une obligation d'être présent avec son équipe dans ces espaces parfois - pas toujours - contreproductifs pour le développement social.

4. Que pensez-vous de l’appellation de "secteur pluriel", choisie par Henry Mintzberg pour désigner la société civile et particulièrement « les forces agissantes de la société » ?

C'est une appellation qui a plus de sens que l'expression société civile car elle montre toute la diversité qui nous caractérise. Et chacun en est une partie intégrante et agissante qui concourt au mieux-être de notre société.

5. Pouvez-vous nous parler des cinq valeurs de votre organisme ?

Les valeurs de notre organisme ont été redéfinies en 2013 après une consultation auprès de nos membres. Ces valeurs reflètent notre façon d'être, de voir, de communiquer et de travailler. Il s'agit du respect, de la participation, de l'entraide, de la responsabilisation, de l'égalité entre tous, et du partenariat.
Respect
C’est autant un droit qu’un devoir fondamental pour nous. Le respect est à la base de nos rapports avec tout individu, quelle que soit son origine, sa culture, sa religion ou son milieu social.
Participation
Nous le concevons comme le passage à l’action concrète où chacun, devient acteur de son propre changement mais aussi des transformations collectives à travers le droit de parole, le droit d’être écouté et entendu et enfin le droit de décider.
Entraide
D’abord prendre conscience que l’on n’est pas seul à vivre des situations difficiles, qu’en aidant les autres, on s’aide soi-même. C’est là un bon moyen de briser son propre isolement. Ensuite, participer à des projets collectifs où l’on mise sur la socialisation, le partage et l’aide mutuelle.
Responsabilisation
Le fait d’être, à toutes les étapes d’une démarche individuelle et collective, l’acteur principal des changements à opérer entre une situation vécue et une situation souhaitée par la ou les personnes concernées.
Égalité entre tous
Comme le suggère le philosophe français André Comte-Sponville, c'est le même droit pour chacun, de faire ses preuves, d'exploiter ses talents, de surmonter, au moins partiellement, ses faiblesses; le droit de réussir, autant qu'on le peut et qu'on le mérite et surtout le droit de ne pas rester prisonnier de son origine, de son milieu, de son statut. Partenariat L’ouverture envers les institutions, organismes et entreprises de notre milieu et la volonté de travailler concrètement en collaboration avec eux.

6. Comment aider sans « faire la charité » ?

D'abord, dans son approche, il faut tenir compte de la culture, du langage, du rythme et des besoins changeants de chaque individu ou groupe. Ensuite, il faut être capable d'écouter et montrer du respect dans sa démarche. Il faut toujours considérer l'autre comme l'expert de sa propre situation et jouer soi-même le rôle de facilitateur, d'accompagnateur. Et surtout, comme on dit au cinéma, il faut éviter de surjouer, d'en faire trop.

7. Les fondations, mécénats, partenariats, etc. vous paraissent-ils indispensables, voire salutaires ?

Ils sont essentiels dans la réalisation de nos initiatives. Ils nous apportent un soutien financier et matériel indéniable pour la réalisation de nos projets. Avec le désengagement de l'État, les fondations sont des incontournables pour réduire la pauvreté et améliorer les conditions de vie de ceux qui sont dans le besoin.

Toutefois, il faut s’assurer que ces partenariats financiers soient faits dans le respect de la mission et des valeurs de chaque groupe. Et idéalement, les soutiens financiers ne doivent pas seulement être ponctuels mais, des engagements à plus ou moins long terme afin de produire un impact durable dans la collectivité.

8. Vous êtes un jeune membre de l’Ordre. Quelle est la valeur ajoutée du titre Adm.A. ?

Souscrire à l'excellence est une quête continue au niveau professionnel. Aussi, le titre Adm.A. doit être perçu comme un signal fort de la part de ma part mais aussi et surtout de la part de notre centre communautaire qui se veut être à l'avant-garde des plus hauts standards de professionnalisme, de rigueur, d'éthique et de compétence. Il s'agit d'une façon responsable de garantir aux usagers une protection accrue grâce aux règles auxquelles la direction et conséquemment l'équipe est soumise, une assurance responsabilité professionnelle donc. Et pour nos partenaires quels qu'ils soient, c'est un gage de professionnalisme, une assurance incontestable dans la qualité des relations entretenues avec l'organisme.

9. Des sites Internet ou des revues que vous conseillez dans le domaine social et communautaire ?

De manière subjective, je vous inviterai à visiter le site Internet de notre organisme et celui de la radio communautaire que nous avons mise en place pour favoriser la contribution de tous.

Un autre site intéressant est celui de la fondation Bombardier. Leur section Place des savoirs est vraiment riche en ressources. Il y a également les sites de Centraide, une autre mine d'informations tout comme le site de la Fondation Dufresne et Gauthier dans sa section zone de partage.

EN RAFALE

  • Un personnage public que vous trouvez inspirant
    Ma femme trouve ma réponse ridicule mais j'assume: Superman. C'est un super-héros, le plus fort de tous, capable de régler tous les problèmes et très multitâches. Une de mes inspirations au niveau professionnel.
  • Une avancée sociale qui vous touche ou vous rassure sur le genre humain
    Même s'il faut reconnaitre qu'il y a encore beaucoup de travail avant que la page ne soit définitivement tournée, la mise sur pied d'une Commission d'enquête sur les femmes et les filles autochtones disparues est un premier jalon important dans une perspective de favoriser le vivre ensemble avec toutes les communautés des Premières Nations. L'existence de cette commission est pour moi la plus belle avancée de l'année.
  • Un organisme communautaire ou une organisation à vocation sociale que vous admirez en raison de son histoire, de sa longévité, de son utilité ou de ses retombées
    Sans parti pris, après sept années, j'en suis encore à être impressionné par le Centre Communautaire Bon Courage pour sa capacité à accompagner autant de personnes de sexes, âges, origines différentes malgré toutes les difficultés et préjugés qui entourent le quartier de Place Benoît. Dans cet organisme, il y a une telle diversité d'activités, d'initiatives qui font que chacun y trouve sa place. C'est un milieu de vie ouvert où les gens sont les bienvenus, peu importe l'heure, une vraie "clinique sans rendez-vous" comme il en existe quasiment pas au Québec.
    Un autre organisme que j'apprécie beaucoup est le COCLA qui intervient dans le même arrondissement, à Saint-Laurent. Ils font tellement avec si peu. Chaque semaine, cet organisme reçoit un millier de personnes dans le cadre de ses activités en sécurité alimentaire. Membre fondateur de la banque alimentaire Moisson Montréal, le COCLA ne reçoit pourtant ni la considération ni le soutien financier nécessaire pour remplir sa mission.

 

Les informations contenues dans ce portrait sont exactes à la date de publication, soit en août 2016.

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