Messaoud Abda, Adm.A. | Ordre des administrateurs agréés du Québec

Portraits d’Adm.A.

Messaoud Abda

Messaoud Abda, Adm.A.
  • Adm.A.
  • Président | Sigma Holding

Publié le : 29 avril 2016

Messaoud Abda est membre de l’Ordre des Adm.A. depuis 2012. Il est impliqué comme formateur au sein de l’Ordre et auprès de plusieurs universités. Il est examinateur agréé en matière de fraude et titulaire de plusieurs certifications et titres professionnels en comptabilité et finance. Messaoud Abda donne par ailleurs de nombreuses conférences et intervient fréquemment dans les médias.

Qu’avez-vous étudié ? Pourquoi ?

J’ai étudié la finance, par attrait du défi et de la complexité des chiffres. Je dirais que j’ai une fascination pour le langage des chiffres et maitriser ce langage est devenu, au fil du temps, une passion qui me procure beaucoup de plaisir. J’ai toujours considéré que faire parler les chiffres était un art. Je suis peut-être passé à côté d’une grande carrière d’artiste, mais ça je ne le saurais jamais, c’est fascinant !

Vous êtes président et co-fondateur de Sigma D3 Holding Inc., firme d’experts-conseils. Quels types de mandats remplissez-vous ?

En fait, c’est une question qui revient souvent lors du premier contact avec mes clients, et la réponse la plus simple serait des « mandats intégrés ». Dans nos mandats, on retrouve finance, comptabilité, gestion des risques, gouvernance, et conformité. L’idée est que tout ou presque est basé sur une transaction, un achat ou une vente, de la simple bouteille d’eau à l’acquisition de l’équité dans une entreprise listée en bourse, et que pour ce faire, il est essentiel de comprendre, évaluer, contrôler et documenter le processus transactionnel incluant les individus qui y participent. Nos mandats sont de nature stratégique ; on apporte à nos clients du conseil sur la meilleure façon d’exécuter des activités à un coût optimal dans un cadre de conformité raisonnable. Conséquemment, on fait régulièrement des mandats de coaching pour implanter les recommandations sur le comment on exécute une stratégie.

Vous possédez 25 ans d’expérience professionnelle en finance et en comptabilité. Qu’est-ce qui vous a poussé plus spécifiquement vers l’étude et l’enseignement de la criminalité en «col blanc» ?

On parle plus de conformité financière que de « col blanc » car les milieux de travail ont évolué, notamment avec les nouvelles générations qui arrivent sur le marché du travail. Ce qui fait que pour ne pas rater la cible, il est plus important de s’intéresser au comportement plutôt qu’au niveau hiérarchique des individus. Ce qui m’a poussé vers la conformité financière, je pense que c’est la continuité de mon cursus professionnel et de mes valeurs personnelles et professionnelles, où en partant d’une formation universitaire en finance des marchés, j’ai paradoxalement évolué vers les métiers de support aux opérations financières, puis vers le contrôle et finalement vers la surveillance et les pratiques fiduciaires, et donc loin des métiers transactionnels. Ce qui m’a amené à acquérir des expertises de plus en plus pointues en conformité financière pour ma pratique, expertises facilitées par le croisement de la finance et la comptabilité.

Des scandales financiers sont décelés de plus en plus souvent ou, à tout le moins, sont davantage publicisés. Pensez-vous que la situation s’améliore avec le resserrement des politiques et la plus grande vigilance des corps policiers ou malgré ces avancées, a-t-on toujours du retard sur des délinquants de plus en plus malins ? En d’autres termes, la délinquance financière est-elle inévitable ?

J’aime beaucoup la notion de délinquance financière, puisqu’elle suppose une certaine connaissance de l’irrégularité de l’acte posé, mais pas de sa conséquence sur l’individu, l’organisation et la société. Cette rationalité limitée est couteuse en dommages collatéraux, comme le développement d’un sentiment de méfiance envers les opérateurs économiques et le doute dans les institutions à assurer un environnement économique sécure.

Maintenant, est-ce que la délinquance financière est inévitable, la réponse est malheureusement oui, par contre on peut la réduire de beaucoup, sans l’éliminer. La stratégie serait la suivante :

  1. augmenter le niveau de littératie financière de la population, pour qu’elle devienne une cible plus difficile ;
  2. renforcer et raffiner les compétences des sentinelles (lanceurs d’alerte) dans l’identification des stratagèmes ;
  3. accentuer les compétences de gestion des dirigeants et de surveillance des administrateurs face aux manquements au cadre de conformité. Développer des stratégies actives de « prendre en charge » au lieu des stratégies passives de « subir » et attendre que la crise passe, avec une logique de gestion des dommages par des primes d’assurance.

Le problème restera certes un problème de vitesse entre nous et les délinquants financiers, si on ne peut pas les battre en étant plus rapide dans l’anticipation des stratagèmes, on peut par contre les ralentir par des stratégies de perturbation en continu. On pourrait en parallèle de la littératie financière et du renforcement des compétences des administrateurs, s’attaquer régulièrement et en continu aux promoteurs et facilitateurs de la délinquance financière, pour forcer les délinquants financiers à, sans cesse, chercher de nouveaux réseaux et de nouvelles cibles, et donc subir des pertes de vitesse pour se réorganiser, ce qui nous donnerait le temps nécessaire de raffiner les stratégies de la lutte.

Cela étant dit, la dernière ligne de défense ultime contre la délinquance financière reste sans aucun doute la responsabilité des administrateurs, qui du fait du mandat de surveillance et de contrôle qui leur incombe sont imputables des actes de délinquance financière perpétrés sous leur mandat.

Vous êtes membre de l’Ordre des ADMA et vous détenez également le titre de CPA. Quelle est pour vous la valeur ajoutée d’un titre professionnel en gestion / administration aujourd’hui ?

Je dirais plus pertinence que valeur ajoutée, à cause des valeurs du professionnel qui détient le titre professionnel et comment il l’utilise. Le titre professionnel est appréciable et utile au public quand un professionnel l’utilise au bon moment dans le bon contexte, sinon il perd de sa valeur, et devient non pertinent. C’est le professionnel qui donne la valeur à son titre et non pas le titre qui donne la valeur au professionnel. Un titre professionnel est un signe de rigueur, et non pas une garantie de rigueur. Il se confirme par la bonne pratique d’ailleurs. Il permet l’accès à un environnement de travail privilégié et parfois réglementé. Il encense la confiance des employeurs et assure la protection du public.

Avez-vous des sites Internet que vous aimez consulter ?

Oui, le site Bloomberg, qui me permet de faire des liens entre les marchés, les politiques et les mouvements sociaux, et de dégager des tendances et indicateurs.

Portrait réalisé en 2016. Les informations contenues dans ce portrait sont exactes à la date de publication.

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