Rimeh Daghrir, Adm.A., chef de projets | Ordre des administrateurs agréés du Québec

Portraits d’Adm.A.

Rimeh Daghrir

Rimeh Daghrir, chimiste, Adm.A.

Chimiste, Ph.D., MBA, Adm.A.

Responsable des projets et chercheuse | Centre des technologies de l'eau

Publié le : 13 janvier 2020 | Dernière modification le : 22 janvier 2020

Vous êtes chimiste, également titulaire d’un doctorat en sciences de l’eau, et avez obtenu par ailleurs un MBA. Vous pratiquez au sein d’un centre de recherche et vous siégez à divers conseils d’administration. Comment tout ce parcours s’est-il déroulé ?

Depuis que je suis jeune, j’ai une passion pour la nature et la protection de l’environnement alors, tout de suite après mes études secondaires, j’ai décidé de suivre des études en chimie compte tenu de l’importance de ce secteur dans notre vie et de la grande complexité des réactions chimiques se produisant dans les différents compartiments de l'environnement : l’eau, l’air et le sol.

Après mon bac en chimie effectué en Tunisie, j’ai enchaîné avec une maîtrise puis un doctorat en Sciences de l’eau au Centre Eau Terre Environnement de l’Institut national de la recherche scientifique à Québec (INRS). J’étais toujours passionnée par l’eau et par la gestion de cette ressource naturelle qui est devenue de nos jours un « or bleu ». Suite à mes études de doctorat, j’ai débuté ma carrière en tant que chercheuse et responsable des projets au Centre des technologies de l’eau (CTE), ce qui inclut des responsabilités liées à la gestion technique et financière des projets et à la gestion des ressources humaines. C’est durant les diverses années au CTE que j’ai découvert la nécessité d’avoir des connaissances en gestion ainsi que d’acquérir les bons outils. Cela m’a incité à poursuivre des études de deuxième cycle en administration des affaires (MBA pour cadre de l’ESG-UQAM), un diplôme que j’ai obtenu en 2019. J’ai toujours cherché une certaine interdisciplinarité ainsi qu’une complémentarité de compétences science & gestion.

En parallèle, j’ai commencé à m’impliquer dans des organisations publiques, parapubliques et privées et auprès de l’Ordre des chimistes du Québec dont je suis membre depuis 2010. Mon implication était d’une part liée aux diverses conférences dédiées à la gestion de l’eau que j’ai présentées et consistait d’autre part à participer en tant que membre de plusieurs comités d’évaluation, d’inspection et de formation. Mon goût pour la gouvernance est naturellement issu de ces activités et de ces expériences.

Depuis 2017, je siège au conseil d’administration de l’Ordre des chimistes du Québec et en 2018, j’ai été nommée par le gouvernement du Québec comme administratrice au conseil d’administration de l’INRS. Ces compétences diversifiées acquises au fil des années, alliant un profil scientifique à une expérience en gestion et en administration, sont le secret qui me permet aujourd’hui d’avancer dans ma carrière avec beaucoup de confiance.

Comment science et gestion cohabitent-elles dans vos activités professionnelles ? Quels sont les réflexes, les qualités ou les habiletés transférables d’un domaine à l’autre ?

Tout d’abord, le scientifique est amené à répondre à des questions, à élaborer et vérifier des hypothèses, à résoudre des problèmes et à prendre des décisions. Il doit avoir une vision large de son domaine, être à la fois opérationnel et capable d’évoluer. La curiosité, la passion, l’intelligence, l’objectivité, l’esprit d’observation, la capacité d’analyse, la rigueur, l’innovation, la persévérance et l’intégrité sont des habiletés et des qualités essentielles qui caractérisent un leader scientifique, lui permettant de garantir la fiabilité des solutions proposées. Le scientifique est également amené à travailler avec d’autres personnes venues d’horizons et de cultures différentes sur un même projet. Il doit faire preuve d’esprit d’équipe, d’ouverture et pouvoir transmettre et communiquer ses idées et son savoir à ses collègues et à ses clients. En même temps, le scientifique doit savoir faire converger les idées de tous ses équipiers vers un même but tout en stimulant leurs motivations. Pour cela, apprendre à écouter et à négocier tant avec ses collègues et ses collaborateurs qu’avec ses clients sont des qualités requises pour y parvenir. Ces qualités et ses habiletés sont également transférables en gestion.

Le gestionnaire à travers son leadership transformationnel devra convaincre, analyser, retenir, motiver et mobiliser des équipes aux compétences diversifiées. Son rôle au sein de l’organisation combine à la fois des compétences intellectuelles, des compétences en gestion et des compétences en relations humaines. Acquérir des connaissances, être créatif, posséder une sensibilité et une compréhension de son environnement, une capacité à travailler en partenariat, atteindre les objectifs, détenir la capacité à communiquer, l’ouverture d’esprit ainsi que la détermination sont des habiletés et des qualités requises pour un gestionnaire afin de relever les défis futurs.

Mes activités professionnelles quotidiennes au CTE font simultanément appel à des connaissances et des compétences multidisciplinaires et demandent du leadership. L’addition des habiletés du scientifique et du gestionnaire me permettent de mener à bien les projets qui sont sous ma responsabilité.

Quels sont les défis rencontrés au sein des conseils d’administration auxquels vous siégez?

Tout d’abord, j’ai un intérêt particulier pour la place des jeunes femmes au sein des conseils d’administration. Bien que celles-ci commencent à prendre de la place, il reste encore du chemin à parcourir pour créer la parité dans les conseils d’administration. Je suis convaincue que la présence des jeunes femmes au sein des conseils est l’une des voies pour enrichir les compétences et les aptitudes et amener un nouveau savoir-faire. Ceci ne peut que mener à une meilleure performance des organisations.

Le conseil d’administration est au cœur de la gouvernance et ses fonctions de contrôle, de surveillance et d’idéation sont essentielles pour contribuer à la création de la valeur et assurer une saine gestion des organisations.

À travers mes expériences riches et diversifiées dans les conseils d’administration, je trouve qu’il y a encore des défis à relever. Je citerai à titre d’exemple, la gestion efficace des réunions, l’appropriation de certaines politiques, la bonne application des mécanismes de gestion des conflits au sein d’un conseil et surtout une transmission efficace des valeurs nobles et des compétences comme l’éthique et la bonne gouvernance. D’où l’importance de la place de l’administrateur agréé au sein des conseils d’administration et son rôle majeur de gardien pour ancrer les bonnes pratiques de la gouvernance et de la saine gestion stratégique et financière de l’organisation.

Quel fut votre premier emploi ? Quel souvenir en avez-vous conservé ? Qu’avez-vous appris ?

Pendant mes études, j’ai travaillé comme chargée de projets à l’INRS. Ce que j’ai retenu de ce premier emploi surpasse ce qu’on peut retenir normalement d’un premier emploi. D’abord, une des règles que j’applique encore aujourd’hui dans mon travail, c’est d’avoir une vision d’ensemble. Connaître les détails est très bien, mais garder une bonne vue d’ensemble est mieux. Si on se concentre uniquement sur notre travail, en ignorant de façon volontaire ou involontaire le travail de nos collègues ou de nos collaborateurs, on peut manquer le fil conducteur des projets ou la mission principale de l’entreprise. Ensuite, j’ai retenu de ce premier emploi que tout ce que je vais entreprendre dans mon parcours professionnel ne sera pas toujours facile, mais que rien n’est impossible. Seuls l’enthousiasme et la persévérance mènent au succès. Pas juste le désir de réussir, mais la passion pour ce que vous faites.

Profession gestionnaire, c’est…?

Pour moi, c’est avoir la capacité d’agir et de prendre les bonnes décisions dans nos organisations qui sont de plus en plus confrontées à des environnements changeants et instables (transformation numérique, optimisation des processus, fusion, restructuration, etc.).

Un gestionnaire est également un leader inspirant, mobilisateur et un bon communicateur afin de transmettre clairement la vision de l’organisation et de rallier les membres de son équipe dans l’atteinte des objectifs. Humain, toujours à l’écoute et qui fait preuve d’intelligence émotionnelle.

Pourquoi être Adm.A. ?

Après avoir terminé mon MBA, je cherchais une façon de continuer à perfectionner mon CV et j’ai voulu faire partie d’un ordre professionnel. Pour moi, faire partie d’un ordre professionnel, c’est la volonté de se regrouper avec d’autres membres pour partager un savoir, un code de déontologie et une charte de compétences à travers des pratiques d’affaires. C’est aussi une occasion d’élargir mon réseau professionnel et un moyen de s’enrichir et de se développer professionnellement à travers le partage de connaissances et d’expériences avec les autres membres d’une même profession.

Comme scientifique œuvrant dans l’environnement, réussissez-vous à voir l’avenir avec un œil optimiste ? La gestionnaire est-elle plus (ou moins) confiante ?

Je suis toujours optimiste de nature. Cependant, mon optimisme ne m’empêche pas de reconnaître que les changements climatiques qu’on est en train de vivre sont réels et sont le résultat des différentes activités humaines. Donc, il y a une urgence et il faut agir.

Il faut se baser sur les divers travaux scientifiques des chercheurs et la quantité d’informations qui est aujourd’hui à notre disposition pour élaborer des plans d’action axés sur la complémentarité d’expertises et sur un partenariat dynamique afin de préserver notre environnement et l’avenir des futures générations. Il faut que les décideurs écoutent et réagissent en conséquence en impliquant toutes les parties prenantes dans la prise des décisions. La mobilisation, l’engagement et la volonté de tous les acteurs clés (ONG, municipalités, syndicats, gouvernements, entreprises privées, industries, sociétés de transport, etc.) de travailler ensemble, en concertation, en matière de changements climatiques me laisse en tant que gestionnaire aujourd’hui confiante et optimiste.

Une vision intégrée et des actions structurantes et cohérentes de la part des décideurs seront nécessaires pour assurer la concrétisation de notre projet de société. Préserver la capacité des générations à investir dans leur qualité de vie est une question d’équité intergénérationnelle et un choix de société responsable.

Trois objets indispensables dans votre vie professionnelle et/ou personnelle ?

  1. Mon téléphone, qui me permet de communiquer avec tout le monde et de répondre à toutes les demandes pressantes lorsque je suis en déplacement (maximiser mon temps).
  2. Mes lunettes de lecture.
  3. Mon ordinateur qui me suit partout, puisque depuis 2018 j’ai décidé de relever le Défi zéro papier.

Qu’aimeriez-vous réaliser qui est encore aujourd’hui hors d’atteinte ?

Contribuer, en tant que femme, au développement de l’humanité et des nations pour laisser un monde meilleur aux générations futures est un de mes défis pour les prochaines années.


EN RAFALE

  • Dernier film vu ? Le Joker
  • Une œuvre d’art qui vous intrigue ? Le Portrait de Mona Lisa de Leonardo da Vinci
  • Un élément du tableau périodique que vous préférez ? Deux éléments : l’oxygène et l’hydrogène, deux composantes de la molécule H2O (eau), notre source de vie.
  • Un mot que vous trouvez beau ? La bienveillance, envers soi et les gens qui nous entourent.
  • Un bruit que vous aimez ? Le bruit des vagues de la mer.
  • Détente suprême ? Au bord de la mer.
  • Une invention que vous trouvez géniale ? Internet.
  • Un fleuve que vous aimeriez descendre ? Le Nil en Égypte.
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