Covid-19 - Et maintenant, que faire ? | Ordre des administrateurs agréés du Québec

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Covid-19
Et maintenant, que faire ?

Florent Durieux, Adm.A.

Publié le : 17 juin 2020 | Dernière modification le : 30 juin 2020

Aujourd’hui, plusieurs mois après le début de la crise de la COVID-19, vous, propriétaires d’entreprise, entrepreneurs, gestionnaires, avez planifié la suite. Vous avez très certainement planifié votre trésorerie, afin de tenir le coup. Vous avez très certainement planifié le moyen de maintenir vos activités, au mieux. Vous avez très certainement planifié le moyen de garder vos employés en poste, et les mobiliser.

Vous avez planifié la suite. Et maintenant ? Maintenant, si ce n’est déjà fait, il faut mettre ce plan en œuvre, voire déjà l’adapter à l’évolution de la situation. Mais comment faire ? Par où commencer ? Eh bien, il n’y a pas de recette toute faite. Pas de procédure unique qui garantisse que le plan soit bien exécuté, pour préserver votre trésorerie, maintenir vos activités, et garder vos employés, sans parler de les mobiliser.

À tout le moins, pour implanter ce plan, il faut savoir répondre à quoi, qui, quand, comment et combien ? Quoi étant ce que vous comptez faire, votre plan. Ensuite, savoir qui fait quoi, à quel moment et de quelle façon. Et surtout, combien la mise en œuvre des mesures risque de coûter. Si le plan coûte plus cher que la perte, le remède est pire que la maladie.

Ce billet ne se veut pas une leçon d’exécution de plan stratégique. Comme vous le savez maintenant, il n’y a pas de recette unique. Attention cependant : lancer un tel plan, à court terme, est primordial. Pour passer à travers cette crise, il vous faudra suffisamment de liquidités, il vous faudra maintenir un niveau d’activités suffisant, et pour cela, il vous faudra garder des employés mobilisés. À court terme, la leçon sur le thème « comment bien faire ce que nous avons décidé de faire ? » est de grande valeur.

Mais après la COVID-19, la question se posera toujours : « et maintenant ? ». Et maintenant, que faisons-nous pour prévenir et faire face à l’apparition de futures pandémies, de futures catastrophes naturelles ? Avant de se demander « comment bien faire ce que nous avons décidé de faire ? », ne nous demanderions-nous pas « quelles sont les bonnes choses à faire ? ».

Nous pouvons décréter que la bonne chose à faire est le statu quo, et poursuivre ce que nous faisions avant la pandémie, réfléchir à comment bien le faire, voire même comment encore mieux le faire. Nous pouvons, au contraire, décréter que la bonne chose à faire n’est pas le statu quo. Mais alors, que faire ?

La question serait plutôt alors : de quoi avons-nous besoin ? En quelques semaines, un virus a mis à l’arrêt forcé une grande partie du monde social, du monde économique, du monde que nous avions l’habitude de connaître. Nous avons tous été touchés, indépendamment de nos secteurs d’activités, du lieu où nous vivons ou encore de nos divergences d’opinions et de nos visions. La répétition de tels événements n’est pas à exclure, à l’avenir. Nous ne savons donc pas ce qui nous attend, mais nous savons maintenant que nous risquons tous d’être touchés. Ce dont nous avons besoin n’est donc pas de savoir comment acheter plus de respirateurs ou de masques, pour la prochaine fois. Car, bien que s’approvisionner de tels équipements médicaux, et en suffisance, soit de la plus haute importance, ce ne sont peut-être pas de respirateurs ou de masques dont nous aurons besoin, la prochaine fois.

N’aurions-nous pas besoin de bâtir notre capacité collective à faire face rapidement à des événements imprévus ? Gouvernements, entreprises publiques comme privées, consommateurs et citoyens ? Nous y gagnerions probablement. Une fois les modes de collaboration identifiés, peut-être serait-ce pertinent de revoir nos façons de penser stratégiquement : avoir une vision à long terme est indispensable, mais que vaut un plan sur 3 à 5 ans, quand nous faisons face à un événement qui bouleverse nos habitudes et nos certitudes en l’espace de quelques semaines ?

Bien sûr, plaider pour une collaboration sans borne peut sembler utopique, et il sera de bon ton de ne pas s’oublier en chemin. Ne pas oublier la défense des intérêts de notre propre organisation, ne pas oublier la défense de nos intérêts personnels, ne pas oublier la défense de nos intérêts sociétaux.

Mais changer nos façons de faire pour minimiser l’occurrence future d’événements tels que celui que nous traversons, ainsi que pour y faire face lorsqu’ils se présenteront, est une tâche qui ne peut être menée avec succès seul, chacun dans notre coin à revoir nos plans stratégiques. La concurrence et la compétition ne doivent pas être annihilées, car c’est ce qui nous permet de nous dépasser et trouver des solutions innovantes ; mais la COVID-19 nous a montré que la solidarité et la coopération véritables peuvent apporter leur lot de plus-values : fabricants de boissons alcoolisées qui transforment leurs stocks en gel désinfectant, ou manufacturiers automobiles qui construisent des respirateurs, et en diffusent même les plans librement, pour n’en citer que quelques exemples.

Être solidaires et coopérer véritablement amène donc à devoir considérer nos intérêts communs, sans toutefois oublier nos intérêts individuels. Trouver le bon équilibre entre ces deux solitudes sera l’une des clés pour développer une société plus durable, socialement, économiquement et environnementalement parlant. Quel est le bon équilibre à adopter ? Encore une fois, il n’y a pas de recette unique. Mais prendre conscience de l’intérêt de se poser la question est une première étape pour y répondre. Réfléchissons-y, planifions-le, mais pas trop. Car aussi élaboré que soit le plan pour s’attaquer à cet immense défi, nous nous tromperons quand même en chemin, et nous apprendrons.

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Florent Durieux, Adm.A.
  • Consultant | Adsum Groupe Conseil