La gestion au féminin | Ordre des administrateurs agréés du Québec

Gestion - Articles, chroniques, outils

La gestion au féminin

Publié le : 21 août 2019

Tout d’abord, ce sujet mérite un état des lieux. La gestion au féminin, bien que le thème puisse paraître à la mode, a sa raison d’être. Les femmes sont actuellement 40 % à être à la tête d’entreprises, et 20 % à être représentées au sein de C.A. d’entreprises cotées en Bourse. Dans le milieu des technologies, seulement 20 % des employés sont des femmes, et 5 % sont à la tête d’entreprises technologiques. Nous sommes donc loin de la parité, et encore plus lorsque nous parlons d’égalité. Mais alors, que représente la gestion au féminin dans ce cadre si étriqué ?

Toujours devoir réfléchir à nos actes en tant que femme

Bien qu’une femme et un homme puissent faire les mêmes tâches, les réactions d’une femme sont souvent, pour ne pas dire toujours, observées d’un point de vue genré. Si lors d’une réunion ou d’une prise de décision stratégique, une femme donne son point de vue, il sera avant tout vu comme l’avis d’une femme plutôt que comme un avis générique provenant du reste de l’équipe.

S’ensuivent alors tous les stéréotypes qui perdurent encore de nos jours : mauvaise nuit à cause des enfants, dérèglement hormonal, mauvaise gestion des émotions, etc. Pour continuer, une femme qui fait preuve d’autorité est vue comme agressive, alors qu’un homme autoritaire est vu comme un leader. On attend des femmes en milieu professionnel, et encore plus à de hauts postes, qu’elles soient avant tout souriantes, sinon elles seront vues comme froides (mais pas trop sinon elles seront vues comme « entreprenantes »). On demande souvent aux femmes chefs d’entreprises comment elles gèrent leurs ambitions professionnelles et leur vie de famille, on le demande très rarement aux hommes.

Lors d’un déplacement professionnel, une femme a plus de choses à anticiper que son homologue masculin. La tenue ne doit pas être trop engageante, mais ne doit pas paraître coincée pour autant, alors que nous ne regardons quasiment jamais le style vestimentaire des hommes en milieu professionnel.

Même si les femmes ont le droit d’ouvrir un compte bancaire depuis 1964 au Québec, nous sommes encore très loin de l’acceptation de l’autorité féminine. Une entrepreneure, si elle a un associé masculin sera souvent reléguée au deuxième niveau lors de questions financières. Plus encore, les femmes entrepreneures lèvent moins de fonds en capital de risques. Pourquoi ? On ne leur pose tout simplement pas les mêmes questions. Des chercheurs de l’université de Columbia ont décortiqué les pitchs du TechCrunch Disrupt Startup Battlefield de New York, entre 2010 et 2016. En étudiant 189 startups, fondées par 12 % de femmes et 140 capital-risqueurs, il a été révélé que les investisseurs ne posaient pas les mêmes questions aux femmes qu’aux hommes. Les questions adressées aux hommes sont autour de la gestion de la croissance, celles posées aux femmes se positionnent autour de la gestion des risques ou de l’échec[i].

Les pensées de la société sont prédéterminées pour placer les femmes en position d’infériorité et de faiblesse. Mais alors comment faire ?

Bâtir son propre leadership féminin

Que veut dire être gestionnaire lorsqu’on est une femme ? Cela implique de se bâtir son propre modèle de leadership au féminin. Très longtemps, les femmes prenaient exemple sur le leadership masculin, fort, héroïque, solitaire. Les qualités dites féminines ne trouvaient pas leur place dans les entreprises et dans les équipes. C’est un chemin entièrement vierge qu’il faut encore défricher. Être une femme gestionnaire implique de rester naturelle avec ses émotions, avec ses différences. De plus en plus de modèles de réussite voient le jour, avec des Danièle Henkel, Sylvie Vachon, Christine Lagarde, et tant d’autres ! Il est possible d’être ferme et à l’écoute de ses collègues, il est possible d’être créative et organisée et il est tout à fait autorisé d’avoir de l’ambition et des objectifs de carrière.

Pour cela, de nombreux organismes ont décidé d’accompagner les femmes à prendre conscience de leur valeur entrepreneuriale ou de gestionnaire. Loin d’être un effet placebo et s’adressant à 50 % de la population, ces programmes d’accompagnement sont très importants. Nous pouvons penser aux Cravates Roses[ii] de Concertation Montréal, au Réseau des Femmes d’Affaires du Québec[iii], au réseau Profession’Elle[iv] ou encore à l’Effet A[v]. L’objectif est de donner une meilleure représentativité au sein des noyaux de décision, soient les conseils d’administration ou les postes de hautes directions entre autres, mais surtout d’accompagner les femmes à atteindre leur plein potentiel, quel qu’il soit !

Quelles directions pour l’avenir ?

Communiquer ! Afin de prévenir les fléaux de discrimination ou d’inégalité, il faut sensibiliser et orienter très tôt notre jeunesse. Accompagner les jeunes femmes pour leur présenter l’ensemble des possibilités d’avenir que le Québec peut leur offrir. Dans un contexte de pénurie de main d’œuvre, il est indispensable de combler les postes qui seront à plus forte valeur ajoutée pour l’économie du pays et de la province, et il est écrit nulle part que les femmes ne pourront pas faire la différence. Des initiatives comme Le mouvement montréalais, Les filles et le Code[vi] de Concertation Montréal permettent par exemple de sortir les filles des voies facilement tracées pour elles en sciences humaines et sociales. L’objectif est de ne plus discriminer, ni genrer les filières d’avenir.

C’est la responsabilité de toutes et de tous d’être là pour nos filles, nos consœurs et permettre que chacun vive selon ses envies et rêves. Lors de la conférence WBENC à Détroit en juin 2018, le ministre Louis-Philippe Champagne faisait un discours éloquent, qui mentionnait qu’une économie ne pouvait pas prospérer convenablement en laissant « la moitié de l’équipe sur le banc ».

Alors accompagnons et communiquons, expliquons et montrons nos singularités. Les résultats seront différents, les parcours aussi, mais aucun ne doit être supérieur à l’autre. Faire davantage place aux femmes, les écouter, relève davantage de la gestion du changement que d'une volonté.


 Sur le même sujet : balado profession gestionnaire - La gestion au féminin

 

[i] We Ask Men to Win and Women Not to Lose: Closing the Gender Gap in Startup Funding, par Dana Kanze, Laura Huang, Mark A. Conley et E. Tory Higgins («Academy of Management Journal», 2018).

[ii] Concertation Montréal - Cravates roses

 

Imprimer