La mobilisation des ressources bénévoles | Ordre des administrateurs agréés du Québec

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La mobilisation des ressources bénévoles

Philippe-Olivier Belcourt, Adm.A.

Publié le : 30 mars 2021

Bien que les organisations composées majoritairement de bénévoles sont de moins en moins fréquentes, il demeure encore plusieurs organismes à but non lucratif et associations qui comptent sur des centaines de bénévoles pour réaliser leur mission. Plusieurs croient à tort que gérer des bénévoles est plus simple ou similaire que de gérer des employés rémunérés. Or ce n’est pas le cas.

J’ai eu l‘occasion de gérer les deux types de ressources et chacune d’elles comporte ses avantages et ses complexités. Le grand avantage de travailler avec des ressources bénévoles est sans aucun doute la passion et l’énergie qui animent ces femmes et ces hommes. Le dévouement à une cause qui tient à cœur est sans contredit un élément carburateur. On le dit souvent dans le milieu bénévole : « ma paie, c’est ton sourire, ton bien-être, ton merci ». J’ai œuvré quelques années au sein d’un groupe de bénévoles appartenant à une municipalité, un groupe qui travaillait étroitement avec les policiers et les pompiers. Alors que ces derniers étaient en temps supplémentaire (à taux et demi et parfois à taux double), les bénévoles eux disaient à la blague « nous aussi nous sommes en heures supplémentaires : double merci aujourd’hui ». Les bénévoles étaient en effet présents de longues heures au même titre que les professionnels payés à taux double. Si ce n’est pas de la passion, je ne sais pas ce que c’est. Le simple fait de faire don de soi sans attendre quoi que ce soit en retour amène une différence majeure qu’un employé rémunéré n’a pas systématiquement.

Mobilisation, engagement et courage managérial

Étant donné que les bénévoles sont des femmes et des hommes, des êtres humains, les interventions du gestionnaire demeurent les mêmes. Cependant il doit faire encore plus preuve de mobilisation, de leadership, d’écoute et de soutien. Les bénévoles s’attendent à un gestionnaire qui partage leur passion, à une personne capable de se mettre à leur place et de comprendre leurs besoins. Mobiliser un bénévole, ça prend beaucoup d’encouragement, de compassion, d’empathie et de courage managérial. Par ailleurs, sans limiter ni effacer l’engagement des bénévoles, leur obligation de respecter les règlements établis, d’agir de façon loyale et responsable et de faire preuve de respect, il est parfois nécessaire de faire preuve d’ouverture, d’accepter certaines concessions, d’offrir des chances supplémentaires, tout en maintenant ses attentes. Bien entendu, certains aspects ne sont par contre pas négociables, au niveau du comportement notamment, même s’il s’agit d’un bénévole.

Un gestionnaire de bénévoles doit doubler l’énergie mise dans la reconnaissance (leur rémunération), la participation des membres dans la vie de l’organisme, la formation, le développement et le soutien. Le risque « de fuite » est grand lorsque nous gérons des bénévoles ; le moindre petit faux pas peut faire chavirer l’organisme vers son extinction. Un exemple de situation qui pourrait tout faire chavirer est le manque de tact. Un gestionnaire qui agirait en « décideur unilatéral » et ne considérerait pas le bénévole commettrait une grave erreur. Le bénévole doit se sentir inclus dans le processus décisionnel, doit voir que l’on écoute son avis, qu’on le reconnaisse et qu’on le soutienne.

Les bénévoles ont besoin de motivation et de mobilisation pour demeurer au sein de l’entreprise. Bien qu’un bénévole puisse parfois être plus patient qu’un employé du fait de sa passion et son intérêt dans la cause servie par son association, une fois perdu… il est perdu et il risquera d’en entraîner d’autres avec lui. Il faut à la fois agir avec intégrité, discernement, patience et doubler les « tapes dans le dos ». Alors, comment gérer une situation difficile ? Ma réponse serait : avec des gants blancs. Bien qu’il soit essentiel d’agir avec respect et professionnalisme autant avec un employé qu’avec un bénévole, ce dernier doit pouvoir sentir encore plus d’écoute et d’appréciation, tout en ayant bien compris que certains éléments de fonctionnement de l'organisation sont fixement établis et ne sont pas négociables.

Être gestionnaire de bénévoles, c’est avant tout être un humain, être un leader mobilisateur, doté d’une grande écoute et d’une passion. Gérer des bénévoles, c’est gratifiant, pouvoir remarquer leur sourire, le bien qu’ils font autour d’eux. Je conclus en remerciant les milliers de bénévoles au Québec qui donnent de leur temps, de leur cœur et de leur énergie pour remplir parfois des tâches que personne ne ferait de façon rémunérée. Je tiens à lever mon chapeau à ces femmes et ces hommes qui apportent beaucoup à de nombreuses personnes chaque année. Et, à tous les gestionnaires d’organismes et d’associations, vous faites un travail remarquable et les bénévoles sont chanceux de vous avoir.

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Philippe-Olivier Belcourt, Adm.A.
  • Directeur des services administratifs | SIRIUSMEDx