Planification financière

Le malheur des uns fait le bonheur des autres

  • Représentant de courtier en épargne collective Gestion de patrimoine ASF

Publié le : 01 octobre 2016

Lorsque je me suis procuré mon condo, il y a près de deux ans, mon père n’en revenait pas à quel point je remboursais rapidement le capital sur mon hypothèque. Sa réaction était tout à fait normale, puisqu’à l’achat de sa première propriété dans les années 80, les taux d’intérêt hypothécaires se situaient autour de 15 %. Actuellement, on se trouve plutôt en dessous de 3 % pour une hypothèque sur un terme de 5 ans et moins. Une différence considérable qui facilite énormément l’accès au crédit.

Le bonheur pour les consommateurs

Il est maintenant beaucoup plus aisé pour les consommateurs de se procurer des biens qu’ils n’auraient pas eu les moyens d’acheter il n’y a pas si longtemps. Les taux hypothécaires sont très bas et permettent aux futurs propriétaires immobiliers d’emprunter des sommes supérieures.

La situation est similaire dans le cas des compagnies automobiles, qui offrent aujourd’hui des taux d’intérêt très bas à l’achat et à la location. Certains vont même jusqu’à proposer un taux d’intérêt de 0 %. Comme si ce n’était pas assez, on peut même obtenir des taux d’intérêt extrêmement bas en achetant des meubles ! Acheter n’aura jamais été aussi facile, et les consommateurs peuvent remercier les faibles taux d’intérêt pour cela.

Mais pour les investisseurs ...

Lorsqu’on considère la situation sous un autre angle, soit celui des investisseurs, les taux d’intérêt n’ont pas un impact aussi positif. Alors qu’un individu qui veut acheter un bien voit d’un bon oeil le contexte actuel, l’épargnant semble, quant à lui, pris avec un problème auquel il n’est pas habitué : devoir trouver une solution de rechange pour les obligations qui rapportent sensiblement moins qu’auparavant en raison des taux d’intérêt historiquement bas. À un tel point qu’il n’est même pas rare de voir des rendements annuels sous le taux de l’inflation. Cela complique grandement la tâche des investisseurs et des gestionnaires de portefeuille, qui se doivent de trouver une solution pour produire malgré tout un rendement intéressant.

Ce problème a d’ailleurs un impact énorme sur les fonds de pension des entreprises et des gouvernements. Prenons l’exemple d’un policier qui prend sa retraite après 30 années de service. Pour pouvoir financer en totalité la retraite de cet homme, il faut absolument que le fonds de pension obtienne un rendement élevé avec les cotisations faites par l’employeur et l’employé.

Ceux-ci se retrouvent alors dans un scénario des plus désastreux, car ils doivent combiner d’une part les bas taux d’intérêt, et d’autre part la hausse de l’espérance de vie. Ce dernier facteur augmente par le fait même le nombre d’années pendant lesquelles les retraités reçoivent des prestations. Ces fonds de pension ne peuvent maintenant plus compter sur des obligations gouvernementales à taux d’intérêt élevés. Pour parvenir à obtenir un rendement similaire, ils doivent eux aussi opter pour des stratégies différentes, et parfois, plus volatiles. Bref, rien d’idéal pour les fonds de pension qui ont la tâche très importante de faire vivre de nombreux retraités et leurs familles.

Mais pourquoi est-ce si important d’obtenir un certain niveau de rendement ?

Le premier argument à considérer est d’obtenir un rendement supérieur à l’inflation. Normalement, la Banque du Canada estime que l’inflation se situe autour de 2 % par année. Cela signifie, grosso modo, que le coût de la vie augmente d’environ 2 % par an. Donc, si l’on n’obtient pas ce rendement minimum au bout d’une année, on peut affirmer s’être appauvri comparativement à la société. De là, l’importance de ne pas garder des montants trop considérables dans son compte bancaire.

Voici une autre raison qui explique pourquoi les rendements sont importants : si un retraité manque d’épargne avant de mourir, cela a une incidence et surtout un coût majeur pour la société. L’ État est alors responsable de faire vivre cet individu et de s’assurer qu’il vive dans des conditions respectables pour le reste de ses jours. Compte tenu de l’état actuel des finances publiques, je ne crois pas que ces dépenses soient souhaitables.

Quelles sont donc les solutions pour résoudre ce problème ?

Les options ne pleuvent malheureusement pas sur la tête des gestionnaires de portefeuilles et de fonds de pension. Ils doivent la plupart du temps diversifier leurs actifs en achetant des actions. Cette stratégie ne plaît pas toujours aux investisseurs plus frileux, étant donné que les actions sont considérées comme étant plus volatiles. Une saine répartition entre les actions et les obligations reste toujours aussi importante, mais il n’est maintenant plus possible de se fier autant aux obligations qu’on pouvait le faire avant la baisse des taux d’intérêt.

Auparavant, il existait une règle assez répandue pour savoir quel pourcentage d’actions détenir dans son portefeuille.

L’investisseur utilisait une formule très simple : 100 – son âge. Par exemple, une femme de 40 ans devait posséder 60 % d’actions (100 – 40 = 60) et la balance (40 %) en obligations. Cependant, avec l’augmentation de l’espérance de vie, les choses ont beaucoup changé et ces valeurs sont maintenant désuètes. Il faudrait désormais appliquer la formule suivante : 125 – son âge. Cela a pour impact d’augmenter le pourcentage d’actions dans un portefeuille, en plus de contrer l’effet des taux d’intérêt qui sont bas.

Alors pendant que certains en profitent pour acheter des propriétés et des voitures avec des taux d’intérêt très avantageux, d’autres ont de la difficulté à obtenir les rendements voulus pour financer leurs vieux jours. Le malheur des uns fait le bonheur des autres !


À retenir

  • Les faibles taux d’intérêt sont avantageux pour les consommateurs.
  • Ils sont par contre nuisibles aux investisseurs.
  • Les fonds de pension font face à deux problèmes de taille avec les taux d’intérêt en baisse et l’augmentation de l’espérance de vie.

 

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