Sauter le pas vers la consultation | Ordre des administrateurs agréés du Québec

Conseil en management

Sauter le pas vers la consultation
1. Le déclic

Ordre des Adm.A.

Publié le : 17 janvier 2022 | Dernière modification le : 28 avril 2022

Sauter le pas en consultation - Devenir consultant
Marie-Pierre Caouette, isabelle Foisy, Sophie Lemieux, Éric Lessard, Natasha McDonald,
Jean-François Thuot


La pandémie de COVID-19 a amené avec elle une vague de démissions, plus ou moins importante selon les régions et les secteurs, à tel point que l’expression Grande démission est apparue. La plupart des démissionnaires ont quitté une entreprise pour une autre, mais certains en ont profité pour sauter le pas vers la pratique privée et, parmi ces derniers, quelques-uns ont démarré comme consultants.

Cependant, oser quitter le confort de l’entreprise pour tenter l’incertitude de la consultation n’est évidemment pas une nouveauté. Si des consultants démarrent leur vie professionnelle en solo, une grande partie de ces professionnels indépendants ont d’abord travaillé au sein d’organisations, que ce soient des entreprises privées, des OSBL, ou même des administrations publiques.

On retrouve cette diversité au sein des consultants de l’Ordre et nous nous sommes demandé quelles étaient les motivations de ces professionnels, comment s’était effectuée la transition et quelles étaient leurs satisfactions (voire leurs victoires) et leurs inquiétudes.

Nous avons alors demandé à quelques consultants de nous raconter leur parcours. Nous développerons le sujet en plusieurs articles et aujourd’hui, nous abordons le déclic. Pourquoi tout d’un coup, on se lance en consultation ? Et, est-ce vraiment tout d’un coup ou ça couvait plutôt depuis un moment ?

Isabelle Foisy, Adm.A., présidente et fondatrice de Point Cardinal, y pensait depuis longtemps et a profité d’un de ces moments où tout s’aligne parfaitement : depuis plus de 10 ans que ça me trotte dans la tête ! Faut se faire confiance et sauter. Le fait de vouloir réellement faire grandir les entreprises et aussi d’être en relation avec plusieurs entrepreneurs m’ont convaincue de me lancer en affaires. La vie est bien faite, les opportunités étaient là et j’ai saisi le moment.

Il peut aussi arriver que l’envie soit présente depuis longtemps, mais de façon moins évidente : j’étais en entreprise depuis plusieurs années et je conseillais souvent mes collègues sur différentes situations de gestion.  Je me suis rendu compte que j’adorais cet aspect de mon travail et, de fil en aiguille, j’ai découvert le coaching et le titre C.M.C., et c’est là que j’ai pris la décision de faire le grand saut dans le vide.  J’avais assez confiance en moi pour savoir que je pouvais toujours retrouver un autre travail dans une autre entreprise, si jamais je n’aimais pas la pratique privée, raconte Sophie Lemieux, Adm.A., C.M.C., présidente de Gestion Solem.

Une envie solide qui rejoint un bon moment, c’est probablement l’un des scénarios les plus favorables. Mais l’envie de partager son expertise, ses savoirs et son expérience est le facteur le plus important puisqu’il est bien souvent la base de l’offre de services des consultants. Ce besoin de partage explique la démarche de Marie-Pierre Caouette, Adm.A., coach certifiée PCC : l’envie de partager mon expérience, de redonner au suivant tout en priorisant ma santé et mon bien-être. J’aime avoir le temps de lire, de faire des formations pour comprendre les tendances, les résultats de la science, et accompagner des gestionnaires à élargir leur zone de confort et à se dépasser plutôt que d’être moi-même au front. Ça me permet d’être utile, de contribuer, tout en gérant la flexibilité de mon horaire et le niveau de stress.

La gestion de son propre horaire peut aussi en effet être un élément motivant au départ de la démarche, et il apparait souvent comme un plus, une fois que la pratique est bien établie. On en reparlera.

La motivation interne est donc un facteur prépondérant, on le comprend aisément, mais parfois un petit coup de pouce supplémentaire déclenche vraiment le processus. Il peut s’agir d’une certaine lassitude, d’une impression de tourner en rond ou d’un moment dans sa carrière où il est simplement temps de passer à autre chose. Sophie Lemieux a pris conscience de ce besoin : j'étais dans une période (près de la quarantaine) où j’avais besoin de me mettre au défi, d’apprendre autre chose et d’aider les gens en entreprise.  Ce besoin était très fort en moi. Je voulais voir ce qui se passait ailleurs et je voulais me sentir utile. Jean-François Thuot, Adm.A., consultant en stratégie, a également fait ce diagnostic : le sentiment d’avoir fait le tour du jardin à mon emploi précédent et le désir de changer le rythme et le niveau de responsabilité sur le plan professionnel. Des événements fâcheux au travail m’ont convaincu qu’il était temps de « passer à l’acte ».

Le coup de pouce supplémentaire peut parfois provenir d’un mal-être professionnel plus important, et sans être une fuite au sens péjoratif du terme, il s’agit alors de quitter un environnement dans lequel on n’est plus confortable : j’étais copropriétaire d’une entreprise et les valeurs et la vision du nouveau président ne correspondaient pas avec les miennes, alors j’ai pris la décision de vendre mes parts et de quitter l’entreprise en décembre 2019. Un ami consultant-coach m’a un jour demandé : « si je te disais que tu pourrais être consultante à ton compte et très bien gagner ta vie en étant DG ou gestionnaire de transition, qu’est-ce que tu me répondrais ? ». La réponse a été : Wow ! Oui, je pense que ça me plairait vraiment ! explique Natasha McDonald, Adm.A., candidate C.M.C., présidente de Gestion N. McDonald.

De la même façon, Éric Lessard, Adm.A, C.M.C., président de MRK Management, a fait le saut à l’occasion d’un accrochage interne : j’avais un accord avec mon supérieur qui me permettait de faire un MBA à raison d’une demi-journée par trimestre sur les heures de travail que je reprenais aisément étant membre de la direction. Le déclic s’est fait lorsque, revenant unilatéralement sur notre accord, il exigea que les cours soient désormais suivis à l’extérieur de l’horaire dit régulier. Cette option n’était pas offerte à l’époque et l’abandon du cours amorcé m’exposait à une exclusion possible du programme. J’en ai conclu que si mon cheminement académique n’en valait pas la peine pour mon employeur, ce dernier ne valait pas la peine que je continue à m’y investir.

Éric Lessard est alors devenu travailleur autonome et, à ce titre, a aussi rejoint les rangs d’une multinationale. Cependant, celle-ci lui octroyait une charge de travail telle qu’il ne pouvait même plus prendre de mandats en parallèle pour sa clientèle personnelle. Le déclic s’est fait lorsque, inscrit à un programme universitaire en santé et sécurité au travail, j’ai réalisé que, si je ne présentais pas les symptômes des maladies mentales au travail qu’on y décrivait, je n’étais cependant pas infaillible. Devant un tel constat, il valait mieux prévenir que guérir.

J’ai donc quitté la première fois par conviction, par quête d’autonomie, d’épanouissement, par ambition et par désir d’apprendre autre chose. La fois suivante, mon départ a été dicté par l’obligation de préserver ma santé mentale, convaincu qu’il valait mieux chercher du travail qu’être payé en congé maladie, conclut le consultant.

Un désir ou un besoin, un moment propice dans sa carrière ou son évolution professionnelle, une organisation dans laquelle on ne trouve plus ni sa place ni sa satisfaction sont des facteurs qui peuvent expliquer, seuls ou en combinaison, que certains sautent le pas vers la pratique privée et la consultation.

Les raisons peuvent donc être bien différentes. Une fois la décision prise, les étapes sont-elles identiques ou varient-elles également beaucoup ? Cette question fera l'objet du deuxième épisode.

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