Sauter le pas vers la consultation - 3 | Ordre des administrateurs agréés du Québec

Conseil en management

Sauter le pas vers la consultation
3. Tenir la distance

Ordre des Adm.A.

Publié le : 25 avril 2022

Sauter le pas en consultation - Devenir consultant
Marie-Pierre Caouette, isabelle Foisy, Sophie Lemieux, Éric Lessard, Natasha McDonald,
Jean-François Thuot


Que ce soit dès le départ ou après des années passées dans une organisation, se lancer en affaires est une aventure. Doutes et peurs à surmonter, confiance à bâtir, insécurité financière à dépasser, excitation à canaliser, sont des défis souvent vécus les premiers temps. Ils sont associés à des phases de développement à ne pas laisser de côté afin de bien démarrer et de s'assurer que tous les angles sont couverts : une base financière solide, un soutien personnel et professionnel, une bonne capacité à garder le cap et une saine lucidité.

Les finances

L'aspect financier ne peut évidemment pas être négligé. Comme le rappelle Marie-Pierre Caouette, Adm.A., coach certifiée PCC, il est nécessaire d'avoir un excellent coussin financier pour être en mesure d’autofinancer la transition dans les périodes creuses, qui peuvent durer plus longtemps que prévu, sans mettre en péril notre retraite, notre qualité de vie, notre santé et celles de nos proches. Dans mon cas, le fait que mon conjoint était aussi en transition de carrière nous a permis de nous soutenir, tout en étant raisonnables au plan financier. Je n’ai pas de personnes à charge non plus, c’est un gros avantage. Natasha McDonald, Adm.A., candidate C.M.C., présidente de Gestion N. McDonald, va dans le même sens : il faut avoir les reins assez solides financièrement ou pouvoir compter sur un conjoint qui gagne bien sa vie pour attendre les premiers contrats et donc, les premières rentrées d’argent significatives. Les réserves financières doivent parfois aussi s'accompagner de ce qu'Éric Lessard, Adm.A, C.M.C., président de MRK Management, appelle le sevrage et l'élagage : le salaire n’est plus, les dépenses continuent. On élague, on devient économe et plus conscient de la valeur de l’argent. Vente de voiture et covoiturage… Un nouveau mode de vie s’installe : devenir autonome et subvenir à ses besoins.

Une solide base financière est d'autant plus importante que, comme le rappelle Jean-François Thuot, Adm.A., consultant en stratégie, on ne peut faire de planification financière au-delà de quelques mois, surtout au début quand le bouche-à-oreille n’a pas tout à fait pris son envol

Bien entouré, bien soutenu, bien conseillé

Démarrer avec de bonnes réserves et un capital dédié sont des évidences. Le soutien et l'accompagnement ont pu, eux, être parfois considérés comme négligeables. Ce n'est plus le cas. On sait qu'un entrepreneur a plus de chance de réussir s'il est bien entouré et conseillé. Le soutien peut justement concerner les finances. Il est important de consulter un planificateur financier si on n’en a pas déjà un, indique Natasha McDonald. Marie-Pierre Caouette peut, de son côté, se reposer sur un bon comptable en qui elle a confiance. 

Les associations professionnelles et les réseaux d'affaires peuvent être également de bons supports. On y rencontre des professionnels qui ont déjà l'expérience de la consultation et/ou des partenaires qui ont un regard extérieur, plus détaché : ce n'est pas leur projet, l'analyse est neutre et les conseils factuels. Mon réseau a été approché dans une perspective de faire circuler mon nom. La richesse de celui-ci est essentielle aussi pour l’entraide, indique Jean-François Thuot. Marie-Pierre Caouette encourage les consultants en démarrage à bien s'entourer : faire partie d’associations, d’un réseau dans notre domaine. Travailler avec un coach certifié pour débloquer, lever les écueils, maintenir la motivation. Faire partie d’un groupe de codéveloppement professionnel (soutien des pairs). Avoir un réseau de référents ou collaborer avec d’autres entreprises pour des mandats plus importants afin d’assurer une certaine stabilité de revenus. Natasha McDonald a pris le temps de passer par cette étape enrichissante qui permet de recueillir les fruits des expériences passées de confrères : il est importance de consulter des gens qui font ce métier depuis un moment, les questionner et se renseigner sur ce qu’implique ce métier et quels en sont les pièges. J'ai rencontré aussi un consultant/coach de haut niveau avec lequel j’avais travaillé en entreprise et qui connaissait très bien mon style de gestion et mes compétences, ainsi que plusieurs directeurs généraux d’une table de codéveloppement, organisée à l’époque par l'Ordre des Adm.A., dont je fais partie depuis plusieurs années. Ces personnes ont été précieuses et sont devenues des amis et des guides importants pour moi

Isabelle Foisy, Adm.A., présidente et fondatrice de Point Cardinal, a aussi profité du soutien apporté par son réseau d'affaires, mais pas seulement ; d'autres personnes sont tout aussi importantes : mes amis proches, des collaborateurs de longue date, des entrepreneurs que j’admire et en qui j’ai confiance. Les soutiens du cercle personnel ont aussi de la valeur aux yeux de Sophie Lemieux, Adm.A., C.M.C., présidente de Gestion Solem : mes proches ont été mon soutien le plus important (mon conjoint, mes parents, ma cousine, mes amies). Ils ont cru en moi dès le début et ont su bien m’écouter et me conseiller selon différents aspects quand j’en avais besoin. J’ai également eu trois mentors dans le processus qui m’ont permis d’explorer différentes avenues. Je pense que d’avoir la possibilité de se remettre facilement en question tout en ayant confiance en soi et en son projet font par ailleurs partie du soutien personnel qu’on peut se donner à soi-même

Éric Lessard précise que le moment auquel l'aide est apportée et le type de soutien donné jouent dans l'équation : toute aide et tout encouragement, quel qu’il soit, est bienvenu à condition, qu’il soit fait au bon moment. Les personnes ayant joué un rôle déterminant en ce sens, notamment par leur tact, leur silence souvent volontaire et leur confiance indéfectible, sont mes parents, ma conjointe, un ami proche et gestionnaire sénior, de même que mes professeurs et directeurs de thèse à la maîtrise

Solide et lucide

Même quand on a tout pensé, préparé et testé, il reste des aspects pour lesquels l'aléa est important, ce qui peut générer un peu - ou beaucoup - de stress. Pour Sophie Lemieux, l’aspect le plus stressant est la gestion de l’horaire, car lorsque les engagements sont pris avec des clients, il est très difficile de traiter une urgence, la maladie, etc. Je trouve aussi toujours ça extrêmement difficile de devoir refuser une demande d’un client (généralement par manque de disponibilité). Jean-François Thuot considère aussi que le calendrier, bien gérer les mandats qui peuvent s’accumuler pendant une même période, peut augmenter le niveau de stress. Le facteur temps est également un élément clé relevé par Éric Lessard, élément lié à la charge logistique importante, surtout au départ, et au désir de rendre une prestation à la hauteur de l'attente des clients : l’investissement considérable en temps, que requiert l’organisation du travail, l’élaboration et la mise en place d’outils adéquats pour livrer des prestations de services professionnelles qui donnent satisfaction aux clients, à la hauteur de nos aspirations et qui respectent les exigences légales, comptables et administratives applicables, malgré leur lourdeur et leur complexité digne de mention.

Ce sont d'ailleurs exactement ces trois aspects, reliés à la gestion du temps, qui sont considérés comme essentiels par Natasha McDonald : 

  • Savoir définir ce qu’on peut accepter comme contrat (notre offre et nos capacités) et ce qu’on ne devrait pas accepter. L’urgence financière ne doit pas être critère.
  • La capacité à bien s’organiser, tant d’un point de vue administratif, de l'organisation du travail ou des multiples contrats simultanés, que dans les suivis à faire aux clients.
  • La disponibilité : il faut pouvoir s’ajuster aux besoins des clients et ça ne peut pas toujours se faire de 9h à 5h. 

Une fois que la machine est bien lancée, la réussite peut générer de nouveaux défis. Isabelle Foisy soulève que, pour elle, le plus stressant, est de gérer la croissance, tant au niveau des ressources, que des clients et des employés. Effectivement, ce moment de bascule où il devient compliqué de répondre seul à la demande, mais où les finances sont encore un peu fragiles pour recruter ou investir sereinement, est une étape importante à considérer avec la tête froide. 

Plus subtilement, la solidité psychologique peut en outre être mise à rude épreuve. La fragilité, la vulnérabilité et l’incertitude auxquelles nous devons faire face, leurs possibles conséquences négatives sur nos proches et l’effet réciproque entre ces deux dimensions essentielles à l’équilibre de chacune des parties doivent être pris en compte, rappelle Éric Lessard. Et il ajoute, fort de son expérience, que loin d’être une faiblesse, cette prise de conscience est incontournable et essentielle pour pouvoir faire face aux défis de manière, lucide, prudente et transparente. Elle aide à réfléchir et à échanger avec nos proches sur nos doutes, nos motivations et nos convictions, sur les défis auxquels on fait face et nous permet ainsi de bénéficier des conseils utiles des personnes bienveillantes à notre égard. Face aux moments de doute ou de découragement, Jean-François Thuot conseille également de renouer constamment avec la conviction de départ : on a les assises pour faire notre chemin (expérience, expertise).

On doit avoir un rêve motivant et stimulant, s’entourer de bonnes personnes, utiliser son réseau, avoir confiance en ses capacités et toujours être à l’écoute pour capter les meilleures opportunités et les partager aux partenaires si ce n’est pas notre expertise. Avoir du plaisir tout en travaillant et favoriser l’épanouissement des gens qui nous entourent, conclue Isabelle Foisy. En effet. Le consultant reste le pivot central de son entreprise et, s'il doit assurer ses arrières, savoir prendre les conseils auprès des bonnes personnes et accepter le soutien de son entourage, il doit surtout lui-même croire à son projet et rester déterminé. Et si malgré les défis, la plupart des consultants conservent cette modalité professionnelle, c'est aussi qu'il y trouvent beaucoup d'avantages et de satisfaction.

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